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#8 - L'ATTAQUE DES TITANS, MASTERCLASS SUPRÊME DE CETTE DÉCENNIE.

05 novembre 2021

 

Le dernier tome de l’Attaque des Titans (Shingeki No Kyojin) est sorti le 14 octobre 2021 et vient clôturer presque 12 ans après la sortie initiale des premiers chapitres ! Et quel chef d’oeuvre ! Ce manga ne laisse pas indifférent: on aime ou on déteste. Grâce à Netflix, de nombreuses personnes pas forcément « mangas fans » ont pu découvrir cette oeuvre, qui est un véritable succès. C’est l’un des shonens les plus marquants de cette décennie. A tel point que la fin de cette histoire a déclenché de nombreuses polémiques, et l’auteur lui-même a déclaré ne pas en être pleinement satisfait et est déçu de de ne pas avoir pu conclure son récit en répondant à toutes les questions que se posent les lecteurs. 


Disclaimer : il risque d’y avoir des spoils dans cette histoire alors si vous n’avez pas fini l’oeuvre, je vous recommande de ne pas aller plus loin ! 


Comme toujours, rappel de l’oeuvre :

Mangaka / auteur - Hajime Isayama (qui n’est âgé que de 23 quand il lance SNK)

Date de parution - (Japon) : septembre 2009 - avril 2021

(France) juin 2013 - octobre 2021 par les éditions Pika. 

Anime - D’abord par les studios Wit entre 2013 et 2018 puis repris par Mappa entre 2020 et 2021 pour une ultime saison (dernière partie en janvier 2022). 


Résumé de l’histoire 

L’an (?) Eren, un jeune garçon d’environ 12/13 ans sa soeur adoptive Mikasa et leur ami Armin se baladent dans leur ville, entourée de très hauts murs. La particularité du monde dans lequel ils vivent est qu’ils ne peuvent pas sortir au-delà de ces murs, car le reste du monde est infesté de titans mangeurs d’hommes. Du coup, ce qu’il reste de l’humanité vit plus ou moins paisiblement entre 3 murs : le mur Sina, le mur Rose et le mur Maria. 

Mais les trois enfants sont rapidement arrêtés dans leur balade, car un Titan gigantesque (dont nous apprendrons plus tard qu’il s’agit du titan Colossal (et qui mesure plus de 60 mètres) apparaît au dessus d’un des murs (Maria) et crée une brèche dans laquelle les titans dévoreurs d’humains pénètrent et font un massacre. Eren et Mikasa voient donc leur mère se faire dévorer par un titan au gigantesque sourire, sous leurs yeux. Ils sont sauvés in extremis par un membre de la garnison (armée spéciale censée protéger les civils et les murs). En grandissant, Eren, Mikasa et Armin décident de s’engager dans la 104e brigade, afin d’apprendre à vaincre les titans. Brigade dans laquelle ils se font de nouveaux camarades et amis du même âge qu’eux. Quelques années plus tard, ils luttent de nouveau contre les titans et petit à petit, découvrent de nombreux secrets, sur les titans et sur leur monde, de manière générale. 


Mais qu’est-ce qui fait de cette oeuvre un succès aussi interplanétaire ?
 

- Les dessins - Je trouve les dessins de SNK sublimes et je l’ai toujours trouvé. Je sais qu’Isayama a été un peu critiqué dans les premiers tomes de l’oeuvre et on constate une évidente amélioration entre les premiers et les derniers tomes, mais moi j’adore. Je trouve qu’il a un trait unique et que ses personnages, ses décors, sont vraiment beaux.

- Le contexte historique / géopolitique / militaire / humain de l’histoire - Il y a un lore exceptionnel dans SNK. C’est une vraie création d’un monde à part entière, avec différentes nations, différents pays, des guerres, des alliances, des conflits, des injustices, etc. Ne serait-ce qu’au sein de l’île de Paradis, dès le début de l’histoire, on nous explique le contexte politique entre les différents murs. L’organisation également des différentes milices au sein des murs : le bataillon d’exploration (qui effectue des expéditions à l’extérieur des murs, pour tenter de reconquérir du territoire auprès des titans), la garnison (qui protège la ville et ses habitants, ainsi que les murs) et enfin, les brigades spéciales (opèrent sous l’autorité royale et ont un rythme de vie plutôt tranquille, à l’intérieur des murs. 


Une fois que l’on a découvert que l’île du Paradis ne contient pas le reste de l’humanité et qu’on ment à ses habitants depuis des années, on comprend que l’histoire est également une métaphore évidente du contexte mondial des grandes guerres (notamment la seconde) avec un peuple martyrisé, mis à l’écart, exterminé, à qui on donne des petits brassards avec des étoiles dessus (ça ne vous rappelle rien ?). Tout est extrêmement bien pensé, réfléchi et détaillé. 


- La mythologie - Comme le contexte général de l’histoire, la mythologie est très bien maîtrisée, avec l’histoire d’Ymir et des titans primaires et du titan originel. L’histoire, bien que glauque, est très poussée et cohérente. Il semblerait que cela soit inspiré de mythes japonais réels. 


- Les rebondissements - je n’ai malheureusement jamais accroché à GOT, mais SNK y est souvent comparé. En effet, on n’est jamais à l’abri de rien et il vaut mieux ne pas trop s’attacher aux personnages, car on ne sait jamais réellement quelle sera leur durée de vie. Tout comme les trahisons, les coups dans le dos, et les retournements de vestes, qui sont très présents dans l’histoire. On est jamais sûrs de rien, et on s’attend à être surpris à chaque fois. Cela est d’autant plus accentué dans l’anime, ou chaque fin d’épisode pratiquement, nous laisse sur un cliffhanger époustouflant qui nous frustre de devoir attendre la semaine d’après pour avoir la suite ! 


- Les personnages - évidemment, il y a des figures très emblématiques dans ce manga.
A commencer par Eren, qui est un personnage très compliqué, très complexe, très ambigu. Il est difficile de le comparer à d’autres héros de shonen, car il englobe plusieurs personnages à la fois. Il évolue énormément entre le début de l’histoire ou c’est un jeune garçon un peu naïf et agaçant et la fin de cette oeuvre ou il est un jeune adulte, beaucoup plus mature et conscient de ses actes. Il passe du statut de personnage principal, un peu mou mais gentil et attaché à ses amis, au statut d’antagoniste, d’assassin, de révolutionnaire. C’est un peu déstabilisant, même si petit à petit, on comprend pourquoi.
Evidemment, suite à la fin de l’histoire, il est régulièrement comparé au personnage d’Itachi dans Naruto, car lui aussi a sacrifié sa vie, sa famille et pratiquement tout, pour tenter de sauver les siens. (Et ce n’est pas du tout évident au premier abord et on a plutôt tendance à le détester ou le prendre pour un gros connard, qui a vrillé sous le poids de son égo démesuré).

Je vous recommande d’ailleurs, un très bon épisode du podcast « la 5e de couv » dédié exclusivement au personnage d’Eren, que j’ai beaucoup apprécié écouter. Les analyses du personnages des différents intervenants sont très intéressantes. 


Les personnages secondaires ont aussi des rôles importants, chacun à des moments clés de l’histoire. Mikasa et Armin, par exemple, les amis proches d’Eren qui vont se retrouver à prendre des décisions et faire des choix difficiles, tout au long de l’histoire. Mikasa est également un personnage difficile à cerner et souvent très agaçant (pendant une Bonne partie de l’oeuvre, elle est un peu l’ombre d’Eren à le suivre partout, même si on comprend qu’elle a une reconnaissance illimitée envers lui depuis qu’il l’a sauvée d’une mort certaine quand elle était plus jeune.) Quant à Armin, le cerveau de la bande, il évolue et prend de plus en plus confiance en lui. 


Leurs camarades de la 104e brigade - ils subissent beaucoup de pertes au fur et à mesure de l’histoire parmi leurs camarades (j’essaye de ne pas trop spoiler); certains qui s’avèrent finalement être des traitres, d’autres qui se font tuer, et d’autres qui survivent et restent du côté des gentils, mais chacun ont des histoires plutôt bien travaillées et intéressantes. L’auteur distille les informations sur le passé des uns et des autres à petites doses (il y a même des spin-off sur certains personnages) 


Les membres des différents escouades - Difficile de ne pas citer un Livai Ackerman, chef d’escouade du bataillon d’exploration et meilleur soldat de tous les temps (malgré sa petite taille! Et oui, Livai ne mesure QUE 1m60!). Ou encore un major Erwin, si charismatique en leader de troupe. Ou encore Hansi Zoe, la passionnée des titans, mais fière soldate malgré tout. Bref, des « adultes » plus extraordinaires les uns que les autres. 


Les antagonistes exaspérants - dans le peuple Mahr, on a beau les haïr de tout notre coeur, mais ils sont bien trouvés. Par exemple, un personnage comme Gaby, qu’on a tous eu envie de buter dans d’atroces souffrances à certains moments de l’oeuvre, mais pour qui on finit presque par avoir de la peine tant elle est est perdue, comme tous les autres. Ce qui nous amène au point suivant : 


- L’ambivalence du récit : pendant une grande partie de l’oeuvre, on croit qu’il n’y a que les habitants de l’île de Paradis et que le reste de l’humanité a été décimée. Puis, on découvre que finalement, ils sont juste isolés sur une île, car ils « dérangent » avec leurs pouvoirs de Titans et qu’on les a exilés là en leur effaçant la mémoire, pour que le reste du monde puisse être tranquille. On découvre ceux qui les ont réduits à l’esclavagisme, le peuple Mahr, qu’on adore détester. Mais plus le temps passe, plus on finit par comprendre les idéaux de chacun. Et qu’il est difficile de dire que tout est complètement blanc ou complètement noir et que finalement, chacun sert ses intérêts et sa survie. Cela amène à se poser pas mal de questions sur le bien, le mal, la guerre, les intérêts des uns et des autres, etc. C’est une oeuvre qui fait réfléchir. 


- Des combats exceptionnels - malgré son histoire hors du commun, SNK reste un shonen. Il y a donc des scènes de combat complètement épiques entre les humains et les titans. La scène du combat (je devrais même dire, DES combats) de Livai Ackerman, meilleur soldat de l’humanité contre le titan Bestial, reste à ce jour, dans le top 5 des plus beaux combats de l’histoire du manga. Ce qui a évidemment été sublimé par l’animé. 


- Parlons-en de l’animé - il y a eu quelques rebondissements au moment du changement de studio pour l’adaptation animé, entre Wit et Mappa. Certains ont été déçus, car les chara designs ont pas mal changé entre les deux studios et Mappa a beaucoup intégré l’utilisation de la CGI (qui est très souvent critiquée). Mais dans l’ensemble, c’est quand même une franche réussite. Les dessins sont beaux et changent un petit peu des mangas « classiques » qu’on connaît. Il y a aussi (il semblerait) moins de partie censurées dans l’animation de Mappa. Beaucoup de gens ne sont que « anime only ». Personnellement, j’ai découvert SNK par l’anime, mais impossible d’attendre pour connaître la suite et je me suis ruée sur les scans, puis les mangas ! La deuxième partie de la saison finale sort début 2022 et beaucoup l’attendent avec impatience. Même s’il a été annoncé qu’il n’y aurait que 12 épisodes. Cela me semble très difficile de clôturer la fin en si peu d’épisodes, mais il y a de nombreuses rumeurs sur un éventuel film… à voir, donc ! On en a pas encore complètement fini avec SNK ! 


Il est assez difficile de trouver des points négatifs à ce manga. En effet, c’est une oeuvre qui a réussi à se hisser au statut de chef-d’oeuvre rapidement. L’histoire est très dense et extrêmement prenante et c’est peut-être le seul réel défaut : la quantité d’informations à retenir. Et surtout, au fur et à mesure de la sortie des scans et/ou des tomes, de réussir à ne pas décrocher de l’histoire. Je n’ai pas été concernée par ce problème car je n’ai découvert SNK que depuis la période du confinement, donc j’ai pu rattraper pratiquement tout d’un coup, mais je peux imaginer que pour les personnes qui suivent depuis le début, dans une histoire aussi complexe, si le rythme de parution n’est pas assez intense, il peut être facile de décrocher de la trame principale.


Je pense qu’avec la sortie de ce dernier tome, nous allons être nombreux à nous refaire toute la saga depuis le début ! 


En conclusion, je dirai que SNK mérite parfaitement son statut de chef d’oeuvre. Et ce, malgré la fin très controversée. Déjà parce que le pauvre Isayama a du réadapter son histoire plusieurs fois, suite aux commentaires et retours de ses fans (ce qu’il n’aurait peut-être pas dû faire). Et finalement, cette fin, je la trouve assez à l’image du reste du manga : mystérieuse, complexe et finalement assez énigmatique. C’est une fin ouverte, qui permet de s’imaginer la suite des évènements, et qui potentiellement, peut être un point de départ pour une suite par l’auteur, ou une nouvelle histoire. Au final, à la fin de l’oeuvre, personne n’est vraiment sûr d’avoir tout compris. Tout le monde a une interprétation différente. 

Et on remarque qu’il est relativement rare de faire l’unanimité sur la fin d’un manga. Je pense qu’il est difficile pour les auteurs, après une hype énorme, de ne pas céder à la pression et de réussir à trouver une issue qui satisfait tout le monde. De toute façon, comme on le dit, on ne peut pas plaire à tout le monde. 


Et pour ceux qui ont lu le manga dans son intégralité, ainsi que la dernière petit BD de fin où l’on voit Armin, Eren & Mikasa sortir du cinéma et commenter la fin du film qu’ils viennent de voir (et ils ne sont pas d’accord : Armin est déçu de la fin, il explique qu’il a cogité des années et des années et que ses questions sont restées sans réponses. Mikasa est satisfaite et explique que ce qui rend justement l’intrigue intéressante, ce sont ses défauts et Eren est juste content d’avoir été voir le film avec ses amis et il espère que s’il y a une suite, ils pourront retourner la voir ensemble. On comprend que c’est clairement un clin d’oeil de l’auteur, à ses lecteurs, et aux différentes critiques qu’il a pu recevoir sur la fin. Bravo Isayama et surtout.. merci ! 

 
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